UN CAS REEL
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Star Tiger : l'avion qui disait que tout allait bien, puis a disparu

2026-11-02 · · Disparus sans laisser de trace · 8 min de lecture

À 3 h 15 du matin, le 30 janvier 1948, un opérateur radio de l'île des Bermudes a entendu un appel de routine venant d'un avion de ligne, quelque part au-dessus de l'Atlantique plongé dans la nuit.

L'équipage demandait un relèvement, c'est-à-dire une direction à suivre. L'opérateur l'a calculé et l'a renvoyé : 72 degrés.

À 3 h 17, l'avion a confirmé l'avoir reçu. L'équipage prévoyait d'atterrir vers 5 h.

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Rien dans les messages ne laissait deviner le moindre problème.

À 3 h 50, l'opérateur a rappelé l'avion. Pas de réponse.

L'avion s'appelait le Star Tiger. Il transportait 31 personnes. Aucune n'a jamais été retrouvée, ni la moindre pièce de l'appareil.

Voici le mystère en une phrase : un avion de ligne moderne, avec un équipage expérimenté, a envoyé un message calme à environ 2 heures de sa destination, puis a disparu sans appel de détresse et sans laisser la moindre trace.

Le vol

Le Star Tiger était un avion de ligne britannique neuf, équipé de 4 moteurs à hélice. Il appartenait à une compagnie aérienne britannique qui reliait Londres à l'Amérique du Sud.

Cet hiver-là, la route vers les Caraïbes passait de Londres à Lisbonne, puis aux Açores, un archipel portugais au milieu de l'Atlantique, à environ 1 500 km à l'ouest du Portugal. De là partait l'étape la plus longue et la plus difficile : plus de 3 000 km d'océan jusqu'aux Bermudes, une petite île britannique à environ 1 000 km de la côte est des États-Unis.

À bord se trouvaient 6 membres d'équipage et 25 passagers. Certains journaux de l'époque ont donné d'autres chiffres, mais l'enquête officielle en a compté 31.

L'un des passagers était célèbre : un maréchal de l'air de haut rang de la Royal Air Force, qui avait commandé pendant la guerre l'aviation britannique en Afrique du Nord et lors du débarquement en France. L'annonce de sa mort a fait la une d'un grand journal américain le même jour que l'assassinat du leader de l'indépendance indienne.

Le voyage avait connu des problèmes dès le début. Le 28 janvier, le départ de Lisbonne avait été retardé d'environ 2 h 30, le temps que des mécaniciens interviennent sur l'un des moteurs.

Quand l'avion est arrivé aux Açores, le temps sur l'océan était mauvais. L'équipage est resté pour la nuit.

L'après-midi du 29 janvier, à 15 h 34, le Star Tiger a décollé des Açores en direction des Bermudes.

Une nuit basse et agitée

Un autre avion de la même compagnie suivait la même route cette nuit-là, avec du fret. Il était parti un peu plus tôt. Les 2 équipages pouvaient échanger par radio.

Le commandant du Star Tiger a choisi de voler très bas, à environ 600 mètres au-dessus de la mer.

Les sources ne s'accordent pas sur la raison. D'après le dossier de l'enquête, il voulait éviter les forts vents contraires plus haut. D'après un récit plus tardif, il s'agissait d'un problème de pressurisation de la cabine. Les 2 sont peut-être vrais. Quoi qu'il en soit, l'avion a passé la nuit au ras des vagues.

Le temps était mauvais. Forte pluie et vent violent, et les prévisions de vent se sont révélées fausses, surtout à basse altitude.

À 1 h 26, le Star Tiger avait environ 240 km de retard sur l'avion de fret. Il avait déjà franchi ce que les pilotes appellent le point sans alternative. À partir de là, il ne pouvait plus revenir aux Açores ni se dérouter vers Terre-Neuve. Il devait atteindre les Bermudes.

Vers 2 h, le navigateur a fait le point grâce aux étoiles. Le vent avait déporté l'avion d'environ 100 km. Il a corrigé la route, et l'heure d'arrivée a été repoussée.

À 3 h 04, l'opérateur radio de bord a demandé un relèvement aux Bermudes. Le signal était trop faible.

À 3 h 15, il a redemandé. Cette fois, cela a marché. Les Bermudes ont envoyé 72 degrés, à environ 2 degrés près.

À 3 h 17, le Star Tiger a accusé réception.

Ce fut la dernière fois que quelqu'un l'entendit.

Le silence

À 3 h 50, l'opérateur des Bermudes a appelé le Star Tiger. Pas de réponse.

À 4 h 05, il a réessayé. À 4 h 11, l'avion de fret s'est posé sans encombre aux Bermudes. Son équipage a indiqué n'avoir rencontré, sur la dernière partie du vol, ni turbulences, ni givre, ni brouillard, ni orages.

À 4 h 40, les Bermudes ont essayé une troisième fois. Puis l'alerte a été déclenchée.

**C'est ici que s'arrête ce qui est documenté sur le Star Tiger : un message reçu à 3 h 17, à environ 550 km des Bermudes. Tout le reste n'est que supposition.**

Les recherches

De grandes recherches ont commencé le matin même.

Pendant 5 jours, malgré un temps de plus en plus mauvais, 26 avions ont volé au total 882 heures au-dessus de l'océan autour des Bermudes. Des navires se sont joints à eux.

On n'a trouvé aucun survivant. Aucun corps, aucune épave, aucun canot de sauvetage, aucune nappe de carburant sur l'eau.

Le 1er février, l'équipage d'un bombardier américain a signalé des caisses et un bidon d'huile flottant à environ 520 km au nord-ouest des Bermudes. Personne n'a pu les relier au Star Tiger.

Il y a eu un autre signalement. L'équipage d'un navire marchand a dit avoir vu pendant la nuit un avion volant bas, avec des feux clignotants, à peu près à mi-chemin entre les Bermudes et la côte des États-Unis. Si c'était le Star Tiger, il était très au nord de sa route. Personne n'a pu le confirmer.

La compagnie a immédiatement cloué au sol tous ses avions du même type.

L'enquête

En avril 1948, une enquête publique s'est ouverte à Londres. Elle a siégé 11 jours. Elle était présidée par un haut magistrat, entouré notamment d'un ingénieur aéronautique du centre de recherche aéronautique du gouvernement.

Le rapport a été publié le 21 août 1948.

Il a relevé un certain manque de soin et d'attention aux détails dans la préparation du vol. Mais il n'a rien trouvé d'assez grave pour expliquer la perte. Il a souligné que l'équipage était très expérimenté.

Sa conclusion était sans détour. Jamais, disait-il, un problème plus déroutant n'avait été soumis à une enquête, et le sort du Star Tiger devait rester un mystère non résolu.

Le patron de la compagnie s'est vivement opposé à la façon dont l'enquête avait été menée. Peu après, la compagnie l'a renvoyé.

Et cela s'est reproduit

Le 17 janvier 1949, près d'un an plus tard, un autre avion exactement du même type et de la même compagnie a décollé des Bermudes pour la Jamaïque. Il s'appelait le Star Ariel. Il transportait 20 personnes.

Le temps était excellent. Peu après le décollage, le commandant a envoyé un message de routine pour dire qu'il changeait de fréquence radio.

On n'a plus jamais rien entendu de lui. Des navires et des avions ont fouillé une immense zone d'océan. Ils n'ont rien trouvé.

La seconde enquête a, elle aussi, conclu que la cause était inconnue.

Après la perte du Star Ariel, cette version de l'avion n'a plus jamais transporté de passagers.

L'histoire s'arrête donc à ce que l'on sait, et rien de plus. Le Star Tiger volait bas, par vent fort, un peu en retard et un peu hors de sa route, avec du carburant pour environ 3 h 30. Il a envoyé un message normal. Puis il a disparu, avec les 31 personnes à bord.

Conclusions et questions ouvertes

L'enquête elle-même a déclaré qu'elle ne pouvait que suggérer des possibilités, dont aucune n'atteignait même le niveau de la probabilité. Voici les principales, chacune avec sa force et sa faiblesse.

**Le carburant s'est épuisé.** L'élément : l'avion transportait une lourde charge par rapport à sa réserve de carburant. Lors de 2 vols précédents sur des routes semblables, ce même avion avait dû se dérouter pour se ravitailler. 2 mois plus tôt, un autre avion du même type s'était posé avec moins de 450 litres. Le fort vent de face a pu faire brûler plus de carburant que l'équipage ne l'avait calculé. Et les robinets des réservoirs de réserve se trouvaient dans la cabine passagers : un membre d'équipage devait aller à l'arrière pour les ouvrir. Le problème : à 3 h 15, l'équipage paraissait calme, et selon des estimations ultérieures, il devait encore avoir assez de carburant pour la dernière partie du trajet.

**Une erreur d'altitude.** L'élément : dans tous ses messages de position, l'équipage indiquait une altitude d'environ 6 000 mètres, 10 fois plus que les 600 mètres auxquels il volait réellement. Une théorie veut qu'un équipage fatigué ait perdu la notion de sa vraie hauteur et, en descendant vers les Bermudes, soit entré dans la mer. Les altimètres de l'époque étaient connus pour être faciles à mal lire exactement de cette façon. Le problème : l'avion disposait aussi d'un radioaltimètre, qui mesurait la hauteur réelle au-dessus de l'eau. Et l'équipage était expérimenté.

**Une panne soudaine, trop bas pour se rattraper.** L'élément : à seulement 600 mètres, un incendie, une panne de moteur ou un problème de commandes laisse à l'équipage quelques secondes, pas quelques minutes. Cela expliquerait l'absence d'appel de détresse. Le problème : il n'existe aucune preuve matérielle d'une panne précise.

**Un sabotage.** L'élément : le patron renvoyé de la compagnie a affirmé que le Star Tiger et le Star Ariel avaient tous deux été sabotés, et qu'un saboteur connu avait été vu près de l'avion avant son dernier décollage. Le problème : il n'a jamais apporté de preuve, et aucune enquête n'en a trouvé.

**Quelque chose d'inexplicable dans le "Triangle des Bermudes".** La perte du Star Tiger et du Star Ariel est devenue plus tard 2 des histoires les plus connues de la légende du Triangle des Bermudes. Le problème : la légende est née des années après. L'avion survolait un océan immense et tourmenté, par mauvais temps, près de la limite de son rayon d'action. Aucune enquête n'a vu la nécessité d'une explication extraordinaire.

Ce qui reste ouvert :

Pourquoi un équipage calme à 3 h 17 n'a-t-il plus jamais envoyé un seul mot ?

Où l'avion a-t-il touché l'eau, et pourquoi pas une seule pièce n'a-t-elle jamais refait surface ?

Et la seconde disparition, un an plus tard et par temps parfait, était-elle une coïncidence, ou le signe d'un défaut caché de l'avion lui-même, que personne n'a jamais trouvé ?

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